En 1989, après un break de trois ans, Queen se reforme pour ce qui va être la dernière partie de sa carrière, un chant du cygne de deux ans. Les années écoulées ont été étranges, curieuses, marquées par la suractivité de Freddie Mercury qui s’est glissé dans le costume en satin du Great Pretender, puis dans celui d’un chanteur d’opérette (je suis désolé, je ne peux vraiment pas appeler ça de l’opéra) en compagnie de Montserrat Caballé. Roger Taylor, de son côté, a monté The Cross, un petit groupe bien dispensable dont je retiens surtout un plagiat éhonté de Led Zeppelin sur ce je ne sais plus quel album. John Deacon a géré les affaires du groupe, et Brian May, ma foi, Brian May a rencontré Anita Dobson, et on s’en moque (no offense, Brian).
The Miracle sort le 22 mai 1989. D’entrée, sa pochette, monstrueuse et fascinante, annonce la couleur. Avec un coût qui a dû égaler le budget d’un petit groupe indépendant, l’illustration de l’album fait comprendre que l’album va être loin d’un disque de Bob Dylan ou des Cowboy Junkies.
Et pour cause. Le track listing (10 morceaux sur le vinyle, 13 sur le CD, puis 14 lors de la réédition par Hollywood Records en 1991 pour les 20 ans du groupe) forme un ensemble cohérent, sans véritable coup de génie mélodique – même si je confesse une vraie tendresse pour The Miracle et Breakthru – mais sans réel fiasco non plus, et surtout littéralement surproduit. Certains morceaux sont ainsi de véritables empilements de couches de guitares et synthétiseurs, au point, comme je l’écrivais déjà ici, d’évoquer la surenchère du grand Trevor Horn, l’immortel producteur de Frankie Goes To Hollywood, Yes ou Propaganda.
Après une décennie marquée par la légèreté, Queen, avec The Miracle, atteint une forme de maturité, voire de gravité (Scandal, Was It All Worth It) qui, avec le recul, suggère que la fin est proche. Les deux premiers morceaux enchaînés (Party/Kashoggi’s ship), qui renvoient à l’ébouriffante face-B de Queen II (1974), évoquent avec une ironie et une crudité rares chez le groupe la vie plutôt dissolue que ses membres mènent depuis le début de leur succès. Après tout, les soirées données par Queen à Rio ou dans le sud de la France regorgeait de jeunes femmes peu vêtues arborant des cigarettes placées dans des orifices incongrus et des plateaux d’argent portant des pyramides, non pas de caviar, mais de ce fameux sucre glace qui fait rire.
The Miracle est incontestablement un album de Queen, indifférent à la mode, virtuose, mêlant morceaux ambitieux (Scandal, The Miracle) et gags sans prétention (My baby does). Il est accompagné de plusieurs B-sides de qualité (Hijack my heart, My life hase been saved, Stealin') et comprend l'étonnant Chinese Torture, qui accompagne Hang on it there sur le track listing du CD originel. Ainsi, avec 15 titres, l'ensemble The Miracle est le plus prolifique de l'histoire du groupe.
Pas moins de 5 singles seront extraits de l'album, tous en 1989, et aucun ne sera véritablement convaincant, et surtout pas celui au plus grand succès, I want it all, un hymne plutôt pompier mais qui a, hélas, semblé séduire le public.
Viendra ensuite Breakthru, à la carrière injustement décevante :
Puis, The Invisible Man, un morceau sans grand intérêt si ce n'est le jeu des présentations de musiciens par Freddie Mercury (prêtez l'oreille !)
Scandal, sans doute le morceau le mieux chanté de l'album :
Et enfin, The Miracle, dont le clip reste un des plus grands de Queen :
Evidemment, l'ensemble n'est pas transcendant, et l'album est d'abord plaisant par son côté plus rock, plus dur. La batterie de Roger Taylor, très claire, claque efficacement et on a rarement entendu aussi nettement la basse de John Deacon. Cette section rythmique sauve parfois l'ensemble de la monotonie et met en valeur le travail de David Richards avec le groupe. A mon sens, The Miracle prépare ainsi Innuendo, qui sera plus sombre et infiniment plus cohérent.





